Tranquillité publique en Seine-Saint-Denis

police_securiteMardi 6 octobre 2009

 

Intervention de Michel Bourgain, maire de L’Île-Saint-Denis, auprès de Monsieur Michel GAUDIN, préfet de police de l’agglomération parisienne, lors de la rencontre du 2 octobre 2009 organisée au Conseil général. Prononcée le 02 octobre 2009 à l’Hôtel du Département devant Monsieur Michel GAUDIN, préfet de police de l’agglomération parisienne, Monsieur Nacer MEDDAH, préfet de Seine-Saint-Denis, en présence de Mesdames et Messieurs les maires de Seine-Saint-Denis, réunis par Monsieur Claude BARTOLONE, président du Conseil Général de Seine-Saint-Denis.

 

Monsieur le Préfet de police, vous venez d’indiquer « qu’il est plus efficace de travailler de façon collective » et que vous êtes « très preneur d’un travail partenarial » en matière de sécurité publique. J’apprécie ces propos qui sonnent mieux aux oreilles du maire que l’admonestation récente, rapportée par la presse après les deux morts de Saint-Ouen, d’un haut personnage de l’Etat appelant « les maires à assumer leur responsabilité en matière de sécurité ».

 

Je voudrais vous confirmer, s’il en est besoin, que tous les maires de Seine-Saint-Denis sont mobilisés sur la sécurité. Y a-t-il une seule commune de Seine-Saint-Denis qui n’ait pas élaboré et signé un Contrat local de sécurité ? Je n’en connais pas. Y a-t-il un seul maire de Seine-Saint-Denis qui n’ait pas mis en place un comité local de sécurité et de prévention de la délinquance ? Non. Y a-t-il un seul maire de Seine-Saint-Denis qui ne soit constamment sur la brèche pour faire face aux incessantes sollicitations provoquées par la profonde déchirure, en cours, du corps social ? Je crois sincèrement qu’il n’y en a pas un seul.

 

Un collègue maire vient d’évoquer le « turn over », excessif et dommageable pour les coopérations locales, des effectifs trop jeunes de policiers dans notre département. Vous souhaitez que les maires vous aident à fidéliser ces effectifs, en facilitant par exemple leur logement. Je veux vous donner un témoignage de notre disponibilité active sur ce registre. De 2002 à 2005, pendant presque trois années, ma commune et un bailleur social ont conduit des discussions avec la préfecture de police de Paris pour mettre à disposition 40 studios très confortables pour le logement des fonctionnaires de police. Trois années de travail sans résultat.

 

La réalité présente est qu’en dépit d’une ténacité, remarquable, sans équivalent dans notre pays, les maires et leurs équipes d’élus, les éducateurs, les habitants, les policiers et les juges de Seine-Saint-Denis sont fatigués. Les 10 morts enregistrés depuis le début de l’année, liés à des violences urbaines en Seine-Saint-Denis, sont l’écume des tensions qui évoquent la maturation d’explosions telles que celles que nous avons déplorées en novembre 2005. Monsieur le préfet, entendez ces mots. Les tisserands de la tranquillité du quotidien de Seine-Saint-Denis sont à bout. Nous avons besoin de reconnaissance pour les particularités et des duretés de ce territoire. Nous avons besoin d’équité également, c’est-à-dire d’un traitement de la part des autorités nationales à la hauteur des déséquilibres lourds, enracinés, exacerbés, de nature économique, sociale, culturelle, psychologique, urbaine. Pour assurer l’égalité de tous en matière de tranquillité, la Seine- Saint-Denis a besoin d’un plan d’urgence en matière d’éducation, de prévention, de dissuasion, de police, de justice.

 

Monsieur le préfet de police, vous avez évoqué la difficulté qu’éprouvent certaines unités de police à patrouiller dans certains quartiers. Un collègue a rappelé qu’après l’abandon, plusieurs années durant, de la police de proximité, il est nécessaire de faire preuve de détermination et de patience pour retrouver la confiance des habitants et leur coopération active. Alors que le volontarisme est promu au plus haut niveau de l’Etat, aucune résignation n’est permise quant à la nécessité et à la possibilité d’une présence policière de proximité dans tous nos quartiers.

 

Vous avez également indiqué qu’à Paris, le fonds d’intervention pour la prévention de la délinquance (FIPD) a financé, à titre expérimental, des appuis psychologiques dans la panoplie des politiques de prévention. Alors qu’en Seine-Saint-Denis ce type d’actions n’est pas éligible au FIPD, je vous demande de le permettre dès 2010 tant les besoins en la matière sont criants. En matière d’effectifs, alors qu’un collègue maire vient d’indiquer que le déficit en Seine- Saint-Denis était de l’ordre de 400 policiers, vous avez répondu que les contraintes budgétaires de l’Etat ne permettraient pas d’augmenter les effectifs de Seine-Saint-Denis à ce niveau. Pourtant, après avoir subi 18 mois de « calvaire » lié au déplacement du carrefour régional du crack autour de la gare de Saint-Denis, l’exaspération et la mobilisation des habitants et des usagers, des élus, des agents territoriaux et des fonctionnaires de l’Etat ont débouché sur la décision du Ministre de l’intérieur d’affecter 50 policiers supplémentaires au bureau de police de la gare, permettant son ouverture 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Cette présence effective depuis plusieurs jours a montré son efficacité. Constatant néanmoins que le coup de pied dans la fourmilière a eu pour premier effet de disperser les trafics dans les aires périphériques à la gare et de déplacer une partie de la délinquance qui leur est liée, je vous demande solennellement de donner instruction aux fonctionnaires sur place d’élargir leur patrouille sur ma commune de L’Île- Saint-Denis.

 

Monsieur le préfet de police, l’émergence et la résolution, en cours, des traumatismes liés aux trafics de drogue autour de la gare de Saint-Denis nous mettent en garde. N’attendons pas qu’il y ait plusieurs dizaines de morts en Seine-Saint-Denis pour engager le grand plan d’urgence que les maires réclament. L’objectif de tranquillité publique que nous partageons serait plus difficile, plus douloureux, plus long et plus coûteux à atteindre.

Michel Bourgain

Vice-président de Plaine commune en charge de l’Environnement 
et de l’Écologie
Maire de L’Île-Saint-Denis

 

Michel Bourgain

 

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