Pollinisation de Plaine Commune

21.10.09_miel_béton_SilanocMercredi 21 octobre 2009

 

PRÉAMBULE

Aujourd’hui, après avoir survécu à tous les changements climatiques, les abeilles sont menacées en raison de mutations profondes de l’environnement dues notamment à des pratiques agricoles inadaptées : emploi abusif de produits phytosanitaires, monoculture…

L’abeille nous interpelle sur différentes problématiques sociétales majeures :

– la sauvegarde de la biodiversité et de l’environnement (les abeilles pollinisent 80% des plantes de la Terre et plus de 20 000 plantes menacées d’extinction sont ainsi sauvegardées en Europe) ;

– l’évolution vers une agriculture durable ;

– le rapport ville campagne et la relation de l’homme à la nature ;

– le bien-être et la santé via les produits de la ruche.

 

En effectuant des analyses polliniques des miels, il est en effet possible de définir l’ensemble des plantes qui ont permis l’élaboration du miel, de découvrir celles, parfois rares, qui sont présentes dans l’aire de butinage (environ 3 à 5 km de rayon autour des ruches), et de suivre l’évolution de la flore année après année. Ces analyses constituent un bon indicateur de suivi de l’évolution de la qualité de notre environnement et de la diversité florale présente sur un territoire.

 

Par ailleurs, l’abeille et le miel ont une image très positive et sont ainsi un vecteur intéressant pour sensibiliser les publics les plus diverses à la problématique environnementale.

 

Partout dans le monde, le taux de mortalité apicole atteint des records, de la fin de l’année 2006 à la fin de l’hiver 2007 : perte de 60% des colonies aux USA et jusqu’à 90% dans certains États de l’Est et du Sud ; 40% des ruches se sont vidées au Québec, 25% des colonies sont décimées en Allemagne, idem à Taïwan, en Suisse, au Portugal, en Grèce et dans de nombreux autres pays d’Europe. Pour la première fois, une estimation des pertes financières potentielles liées à la disparition des abeilles est réalisée : près de 15 milliards de dollars rien qu’aux États-Unis. En France, l’hiver 2005/2006 fut particulièrement dramatique et vit la disparition de 15 à 95 % des colonies, en fonction des apiculteurs. En 10 ans, 15 000 apiculteurs ont cessé leur activité et la production nationale a chuté de 30% (pendant que les importations ont triplé).

 

Il s’agit donc de rapprocher l’abeille des citoyens et la présence de colonies d’abeilles sur des lieux publics constitue un vecteur de communication majeur pour les apiculteurs et pour les collectivités territoriales qui souhaitent apporter des réponses concrètes aux interrogations d’aujourd’hui.

 

CONTEXTE

Lors du Bureau Délibératif du 24 juin 2009, Plaine Commune a décidé :

– d’adhérer à Natureparif

– de signer la Charte de l’Observatoire Départemental de la Biodiversité Urbaine de Seine-Saint-Denis

– de signer la Charte régionale pour la biodiversité

– et enfin de signer le compte-à-rebours 2010 pour la préservation de la biodiversité.

 

Face à ces différents actes d’engagement de la collectivité, il est proposé de travailler à la mise en place d’une stratégie d’ensemble pour coordonner les actions de Plaine Commune en faveur de la prise en compte et de la préservation de la biodiversité sur notre territoire.

 

Cela pourrait d’abord s’envisager avec une meilleure articulation avec les travaux de l’observatoire départemental de la biodiversité urbaine, en réalisant par exemple un état des lieux de la biodiversité spécifique à l’agglomération.

 

Et se traduire ensuite par la mise en place d’un groupe de travail interne chargé de décliner les enjeux liés à la biodiversité dans tous les domaines de compétences de Plaine Commune : espaces verts, espaces publics, etc.

 

Dans ce cadre, le soutien à l’association « Parti Poétique » opérateur local installé à Saint-Denis, favorisera à travers l’extension de son projet de « Pollinisation de la ville » une lecture des enjeux environnementaux associés à l’importance du bio-indicateur qu’est l’abeille dans l’environnement urbain de l’agglomération de Plaine Commune.

 

Ce partenariat constitue une étape de démarrage permettant d’associer le grand public à une mission pluridisciplinaire d’éducation à l’environnement, à la nécessité de préserver ou d’encourager la biodiversité urbaine à travers la lecture de cette véritable « mission de service public » que remplit une abeille par le service de pollinisation.

 

POLLINISATION DE L’AGGLOMERATION – L’action du parti poétique

 

A travers le terme générique de « Pollinisation de la ville », l’association Parti Poétique met en chantier depuis 2004 un projet de recherche transdisciplinaire portant sur la ville, autour du travail d’Olivier Darné, plasticien et apiculteur urbain.

 

Historiquement, cette réflexion a été engagée par Olivier Darné dès 1997 par le développement d’une apiculture domestique qui s’est traduit en 2000 par l’installation de ruches sur le toit de la mairie de Saint-Denis. Aujourd’hui le toit de la mairie de Saint-Denis accueille près de 40 ruches, ce qui en fait le plus gros rucher d’Ile-de-France.

 

Rucher expérimental et à la fois « rucher observatoire », il intéresse et fait venir depuis 2000, à la fois les communautés de chercheurs, apiculteurs, botanistes, palynologues (scientifique qui étudie en autre les caractéristiques des pollens), éthologues, urbanistes, autant de spécialistes du monde entier qui essayent de comprendre le succès de l’apiculture urbaine au regard du drame que connaissent les abeilles dans leur disparition progressive en milieu rural.

 

Le Parti Poétique déjà associé au CNRS, à l’INRA, à l’OBDU, depuis 2007 fait aujourd’hui état de ses travaux dans le cadre de conférences, expositions, installations, en France et à l’étranger. Grenoble, Marseille, Roubaix, Paris, Genève, et aussi dans de nombreuses villes de la Seine Saint-Denis où s’est développé le projet depuis 2004 (Aubervilliers, La Courneuve, Saint-Ouen, Villetaneuse, Noisy-le-Sec, Pantin, Les lilas, Montreuil).

 

Il s’agirait avec l’aide de l’agglomération de mieux faire connaître aux habitants de Plaine Commune ces travaux de recherche et de pouvoir les y associer davantage. Pour information le rucher sur le toit de la Mairie de Saint-Denis est inaccessible au public.

 

Avec l’abeille pour témoin, les installations du Parti Poétique dans l’espace public questionnent nos relations à l’environnement urbain, ses flux, ses tensions, ses densités et son organisation sociale. Au croisement des champs politiques et culturels, le projet de la « pollinisation de la ville » favorise la perception par le public des enjeux associés à une lecture de la ville différente.

 

Au cœur des zones de butinage de l’abeille urbaine, le Parti Poétique met en place une équipe interdisciplinaire d’artistes, de botanistes, d’urbanistes, d’anthropologues, de marcheurs, d’apiculteurs, d’habitants, de curieux… pour interroger le genre urbain et humain, dans cet espace commun à tous, l’agglomération urbaine : « la ruche des hommes ».

 

En 2007, le CNRS, l’INRA, et l’OBDU engagent un partenariat scientifique avec le Parti Poétique afin d’étudier et de comparer le « Miel Béton » à des miels semi-urbains ou produits en zone de grande culture. En effet les analyses polliniques de différents crus de « Miel béton » produits ont permis de révéler la paradoxale biodiversité de la ville. Pour preuve les 250 pollens du « Miel béton » produit à Saint-Denis symbolisent dans leur diversité, le brassage culturel d’habitants qui agissent, sans en avoir conscience, sur le paysage d’une ville.

 

Depuis le rucher expérimental installé sur le toit de la mairie de Saint-Denis, aux « Butineurs Urbains », mobilier de « Pollinisation de la ville » qu’il pose en 2004 sur les trottoirs d’Aubervilliers notamment, ou la participation en 2004 au projet de requalification de la cité Allende et au programme ANRU de Villetaneuse en 2007 et 2008, les expérimentations se poursuivent et croisent une démarche artistique et environnementale qui concernent la diversité culturelle, sociale et urbaine de la ville.

 

Le lancement courant 2010, d’un nouveau projet « Banque de miel » en est la parfaite illustration et trouve avec le soutien de WWF, du Muséum d’Histoire Naturelle et de professeurs de l’Université Paris 8, une nouvelle reconnaissance.

 

« La Banque du miel pose des abeilles et des questions dans l’espace public, elle investit collectivement des lieux, des personnes et des idées pour essaimer, polliniser… créer une circulation de richesses, en économie et en abeilles réelles. Dispositif artistique, la banque du miel développe un outil financier le “compte épargne abeilles” lequel investit l’argent de ses sociétaires dans une ruche ou dans le travail d’un apiculteur qui vous le rend en miel et en abeilles » (extrait du dossier « La banque du miel » de l’association du Parti Poétique).

 

De plus, pour le printemps 2010, un « Centre de ressources » et « Jardin d’ouvrières » doit ouvrir à Saint-Denis, au 26 rue Arthur Fontaine, dans le quartier Bel air. Transformation du potager d’une « Maison ouvrière » en lieu de pédagogie et de recherche. Ce lieu d’accueil pour tous les publics associé à un « Centre de ressources » permettra, dans le cadre de rendez-vous publics programmés, de rendre plus visible cette recherche appliquée et mission de sensibilisation.

 

L’attribution d’une subvention de 10 000 euros par Plaine Commune au projet de pollinisation de l’agglomération proposé par l’association Parti Poétique permettrait de :

– Aider l’association au développement de ses actions de sensibilisation à travers ses opérations « Pollinisation de la ville » depuis son « Centre de ressources » et sur l’ensemble du territoire de l’agglomération.

– Aider l’association à la création du « Jardin d’ouvrières », lieu de pollinisation et de pédagogie.

– Concevoir et réaliser 4 nouveaux dispositifs de mesure scientifique, sur le territoire de Plaine Commune (lieu à déterminer) pour y installer des unités de mesure scientifique en vue de constituer au cours des années un observatoire de la biodiversité végétale du territoire.

– Disposer d’indicateur de suivi de la qualité de la flore de notre agglomération (Banque de données réalisée depuis les analyses polliniques réalisées avec le CNRS et l’INRA, constitution d’une granothèque urbaine avec la population).

Michel Bourgain

Vice-président de Plaine commune en charge de l’Environnement 
et de l’Écologie
Maire de L’Île-Saint-Denis

 

Michel Bourgain

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